Es-tu celui qui pense ou celui qui obéit ? Petite enquête sur ta présence à toi-même
Par-delà l'égoïsme et l'altruisme :
Le Mal comme absence à soi
On a longtemps voulu croire que les horreurs du XXe siècle serviraient de vaccins à l'humanité. Pourtant, le constat actuel est sans appel : partout, le massacre, la torture et l'extermination refont surface avec une effroyable facilité. Face à cette résurgence de la violence, nos vieux outils conceptuels semblent obsolètes. Dire que « l'Homme est un loup pour l'Homme » ou, à l'inverse, qu'il est fondamentalement bon mais corrompu par la société, ne suffit plus à expliquer le basculement d'un individu vers l'abjection ou vers l'héroïsme.
Pour comprendre la véritable nature du Bien et du Mal, il faut abandonner un vieux paradigme moral stérile et poser un regard neuf sur la conscience humaine.
L'illusion du choix moral : Sortir du dualisme classique
La philosophie morale traditionnelle tend à enfermer l'être humain dans une alternative simpliste : l'égoïsme psychologique – l'idée que l'humain n'agirait que par intérêt personnel, le Bien n'étant qu'un vernis social imposé au prix d'efforts surhumains – contre l'altruisme sacrificiel – l'idée que le Bien absolu réside dans l'oubli total de soi pour les autres.
Or, l'enquête philosophique et les tragédies de l'histoire démontrent qu'on ne torture pas par simple « intérêt », et qu'on ne sauve pas des vies au péril de la sienne par pur « sacrifice ». Les notions de Bien et de Mal ne se jouent pas dans ce calcul comptable des motivations.
[Vision Classique] : Égoïsme (Mal) <--------> Altruisme (Bien)
[Nouveau Paradigme] : Absence à soi (Mal) <--------> Présence à soi (Bien)
De la banalité du Mal à la présence à soi
Hannah Arendt avait magistralement mis en lumière la « banalité du mal » à travers la figure d'Eichmann : le Mal comme absence de pensée, comme simple rouage d'une bureaucratie destructrice. Michel Terestchenko prolonge et complète cette intuition en y apportant l'éclairage de la psychologie sociale moderne (notamment les expériences de Milgram ou de Stanford) et en proposant un nouveau paradigme : l'absence ou la présence à soi.
Le Mal comme démission de la conscience (L'absence à soi)
Le basculement vers le Mal commence presque toujours par une décision initiale, à peine perceptible. C'est le moment où l'individu accepte de déléguer sa responsabilité morale à une entité supérieure (l'État, le chef, l'idéologie) ou de se fondre dans la masse pour ne pas faire de vagues. Dans cette passivité, l'individu devient absent à lui-même. Il cesse d'être le sujet de ses propres actes. C'est cette absence à soi qui permet les pires compromissions : on accepte l'inacceptable par conformisme, allant même jusqu'à tolérer « les scrupules de Machiavel » ou à légitimer l'usage de la torture sous prétexte d'efficacité démocratique.
Le Bien comme fidélité à son être (La présence à soi)
À l'inverse, qu'est-ce qui caractérise les « Justes », ceux qui refusent de collaborer ou qui sauvent des persécutés ? Ce n'est pas un héroïsme spectaculaire ou une sainte abnégation. Les recherches montrent que ces personnes agissent avec une forme de simplicité désarmante. Pour elles, agir autrement aurait été impossible, car cela aurait signifié se détruire moralement. Le Bien, c'est la présence à soi : une cohérence interne si forte, un ancrage si profond dans sa propre conscience qu'aucune pression extérieure, aucun ordre, aucune menace ne peut la briser. Le Bien n'est pas un sacrifice de soi ; il est la sauvegarde de son intégrité éthique.
Voir le monde autrement : L'enjeu de la vigilance
Dès lors, la question morale ne consiste plus à se demander « Suis-je bon ou mauvais ? », mais plutôt : « Suis-je éveillé, présent à ce que je fais, ou suis-je en train de me laisser porter par le courant ? »
Le Mal moderne est profondément insidieux car il avance masqué, souvent sous les traits de la normalité, du devoir professionnel ou de la nécessité politique. Pour s'en prémunir, il devient indispensable d'apprendre à « voir le monde autrement ». Cette cécité morale qui frappe les voyants – ceux qui regardent sans vouloir voir la souffrance de l'autre ou leur propre lâcheté – ne peut être combattue que par un effort constant de lucidité.
La présence à soi demande une vigilance de chaque instant. C'est dans les micro-choix du quotidien, face aux petites injustices ou aux lâchetés ordinaires, que se décide notre trajectoire. C'est là, dans le secret de la conscience connectée au réel, que se joue, in fine, notre humanité.
Inspiré des travaux de Michel Terestchenko et de la pensée de Hannah Arendt. Article publié dans une perspective d'éveil moral – libre à chacun de se réapproprier la question : « Suis-je présent ? »
Commentaires
Publier un commentaire
Partagez vos réflexions avec sincérité. Toute parole de foi contribue à l’élévation collective *
شارِك تأمّلاتك بصدق، فكلُّ كلمة إيمان تُسهم في الارتقاء الجماعي.
* Share your reflections with sincerity. Every word of faith contributes to our collective elevation. 😇❤️🎶👀